Poser ses limites avec ses patients en libéral.
Les demandes urgentes, les messages à toute heure, les familles qui négocient chaque règle : quand on soigne en libéral, on finit souvent par dire oui à tout, et je crois sincèrement que ça se travaille, en partant de qui tu es comme pro.
Pourquoi c'est si difficile quand on soigne.
On a choisi un métier où l'on aide, et du coup chaque demande d'une famille ressemble à quelque chose qu'on devrait pouvoir absorber, un créneau en plus, un compte rendu pour demain, un message auquel on répond le dimanche soir parce que la maman a l'air inquiète. En libéral, il n'y a personne au-dessus de nous pour dire stop à notre place, et on le sait, c'est exactement là que les journées se mettent à déborder.
Ce que j'observe chez les ergothérapeutes que j'accompagne, c'est que la limite existe presque toujours dans la tête, on sait très bien ce qui nous épuise, et qu'elle reste floue au moment de la dire, parce qu'elle n'a jamais été vraiment décidée.
Là où les limites sautent.
Il y a la demande urgente, et là je te donne ma position, que tu as le droit de discuter : en ergothérapie, je considère qu'il n'existe pas d'urgence, et une demande qui arrive en urgence raconte en fait une anticipation qui n'a pas été faite du côté de la famille.
Il y a aussi les messages à toute heure, sur le numéro perso, le soir, le week-end. La séance qui déborde de dix minutes à chaque fois. Le bilan promis pour une date intenable. La famille qu'on ne sent pas dès le premier appel, et qu'on prend quand même.
Décider de tes limites avant de les annoncer.
Une règle tient quand elle est alignée avec ce que tu veux vraiment pour ton cabinet. Une règle recopiée sur la collègue d'à côté se lâche à la première famille sympa, parce qu'elle vient de l'extérieur.
Du coup le premier travail se fait avant de parler à qui que ce soit : regarder ce que tu acceptes aujourd'hui, ce que ça te coûte, et ce que tu veux, tes horaires de réponse, tes canaux, tes délais, les situations que tu prends et celles que tu réorientes.
Le dire simplement.
Une limite se dit en une phrase, et au bon moment, c'est-à-dire avant que la situation se présente : dans tes conditions de fonctionnement, dans ton mail de premier contact, dans ta signature, sur ton répondeur. Dans ma signature de mail, par exemple, il est écrit de privilégier les SMS, et ça suffit à orienter la plupart des familles. Plus c'est écrit tôt, moins tu as à le redire en face.
Quand une limite est testée.
Elle le sera, c'est normal. Une limite testée, c'est l'occasion de la redire calmement, une fois, avec les mêmes mots. Et un cadre écrit peut toujours s'assouplir pour une situation qui le mérite, c'est toi qui décides, au cas par cas, et c'est beaucoup plus confortable que d'inventer une règle au moment où tout déborde déjà.